Mar Adentro

C’est par hasard en feuilletant le programme du cinéma (vive les cinémas art & essai au passage) et en lisant les synopsis que je suis tombé sur Mar Adentro. Le thème m’a de suite plu, l’euthanasie active, surtout qu’il avait l’air d’être abordé de façon intelligente. Du coup j’ai sauté sur l’occasion et la dernière scéance du film pour en juger moi-même.

Une histoire figée
Figée mais pas tant que ça. S’il y a quelque chose, ou plutôt quelqu’un, de figé, il s’agit de Ramon Sampedro. A 20 ans, il s’est brisé la nuque et depuis, pendant 28 longues années, il est tétraplégique. En clair, il n’est plus maître de ses mouvements, excepté la tête (et sa poitrine accessoirement, vu qu’il n’est pas sous assistance respiratoire). L’idée a muri et il l’a décidé de lui-même : il veut mourir.
Son incapacité motrice l’handicapant, il ne peut pas cependant pas agir seul. Il tente d’abord de passer par la voie légale en demandant l’autorisation de mourir mais cette requête lui est refusée. S’en suit alors un processus macabre et clandestin pour ne pas rendre condamnables les personnes qui l’aideront à se suicider.
Ramon pourra enfin terminer sa vie là où elle aurait dû s’arrêter.

Mon avis
Autant le dire tout de suite, le sujet n’était pas très réjouissant, le film ne l’est pas non plus mais … en y réfléchissant, je n’ai vraiment rien à lui reprocher. C’est dire. Alors certes, j’en avais un doute mais j’en ai eu la confirmation, le film est tiré d’une histoire vraie mais Mar Adentro est remarquablement bien mené : il n’est pas réalisé pour dire si oui ou non on a le droit d’euthanasier une personne souhaitant mourir mais étant dans l’incapacité de le faire, il est là pour raconter une tranche de vie. Les réponses aux questions, vous vous les donnez (et donnerez) vous-même en voyant le film.

Dans le déroulement du long-métrage, Ramon a une avocate qui veut plaider sa cause : Julia. On la sent concernée par le problème de Ramon et une certaine complicité s’installe entre ces deux individus au fil du temps. On apprend par la suite que Julia souffre d’une maladie dégénarative du cerveau. En fait, elle s’identifie énormément à lui et en étant son avocate, elle plaide en même temps sa cause et réfléchit elle-même sur son avenir, promis à une pareille fin. La maladie de Julia la prive au fur et à mesure de l’usage de ses membres jusqu’à effacer sa mémoire.
Chez elle aussi la question du suicide se pose et elle offre à Ramon, dont la justice a refusé sa demande de mort, un deal qui ne refuse pas : elle veut mourir et elle mourra avec lui. Personne ne sera ainsi inquiété et tous deux y trouveront leur compte.
Et c’est là que c’est fort, le mari arrive à raisonner Julia; Ramon en est dépité car lui ne peut toujours pas mourir. Du coup, les deux visions opposées de la situation s’affrontent de plein fouet : mourir et ne pas mourir. Ramon ne veut pas rester un légume (pensant) jusqu’à la fin de ses jours, Julia vivra mais deviendra un légume (non-pensant) qui ne pourra jamais vivre seul. Vaut-il mieux mourir pendant qu’on en a encore conscience ou bien être piqué dès lors qu’on est inutile et impotent ? La question est posée, j’avoue être incapable d’en tirer une généralité.

La généralité, c’est justement ce contre se bat Ramon. Lors d’un passage dans le film, un autre tétraplégique fait son apparition (et il est pasteur, donc religion avant tout) et tente de raisonner Ramon. Selon le pasteur, Dieu nous a donné la vie et donc nous n’avons pas à décider de notre mort, seul Dieu nous l’accordera quand il le voudra. Ramon n’ayant visiblement aucun lien avec la religion, on aura droit à un joli dialogue de sourd où chacun défendra ses convictions, ses croyances mais sans pouvoir être d’accord avec son “adversaire”. C’est le combat entre celui qui dit ce qu’il pense et celui qui affirme des croyances à un dogme auquel il est rattaché. L’opinion du pasteur est encapsulée dans celle de la religion, à se demander si ses propos sont son avis ou une simple argumentation basée sur des écrits … ou alors son opinion se confondrait-elle avec ? Mystère. Quoiqu’il en soit, on le voit très bien, la religion n’a pas réponse à tout : Ramon parle en son nom et ne cherche pas avant tout à faire un procès d’intention aux tétraplégiques, à donner l’exemple ou bien à leur dicter leur conduite.
Car on l’oublie bien souvent : une opinion ou un avis ne valent et ne prédominent que si on les pensent vraiment, s’ils font partie de notre propre raisonnement; pas seulement si on les a entendu et bêtement répété en aquiescant.

Donc au final, on ressort d’un film fort, dramatique et émouvant … mais aussi drôle : Ramon sait rire de son handicap (je passe sur les jeux de mots qu’il a lui même formulé dans le genre “rester cloué au lit” etc.). On a également le droit aux réactions typiques des individus face à de tels problèmes : les enfants qui ne comprennent pas qu’un homme puisse être comme ça, une femme qui rit de lui quand il simule quelques avances (en clair “et qui voudrait coucher avec vous ?”), le frère ainé qui s’oppose fermement au suicide. On y verra d’ailleurs à la fin une marque d’affection maladroite.
L’émotion drainée par les acteurs est incroyable : on s’y croirait vraiment, c’est tellement naturel. Après faut pas me dire que dans des m***es à gros budget, style Constantine ou les 4 Fantastiques, les acteurs y sont convaincants et pas superficiels.

La sortie du DVD est prévue pour le 28 octobre et très franchement, ce film est à voir : il est beau, touchant et saisissant sans tomber dans le niais, le vulgaire ou les stéréotypes.

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Mar Adentro” a été publié le Mercredi 24 août 2005 à 10:09.
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2 commentaires : publier le mien ?

  1. Mafio a dit le Vendredi 26 août 2005 :

    Je n’ai pas vu le film, mais la critique m’as l’air tout à fait intéressante.

  2. KRIS a dit le Lundi 16 avril 2007 :

    J’ai vu ce film à plusieurs reprises. Il m’a émue d’autant plus qu’il est le reflet d’une histoire vraie. Il est superbement tourné et monté. Tout est dit est montré sur le sujet de l’euthanasie, qui est traité avec pudeur et vérité, sans tomber dans d’infames clichés. La force et l’humour de Ramon sont saisissants et respectables. Ce film ne peut pas laisser insensible. Il devrait être analysé par ceux qui décideront un jour j’espère de dépénaliser l’euthanasie en france. Vous aurez compris que je revendique depuis longtemps le droit de mourir dans la dignité et surtout le droit de choisir ma mort, dans la liberté, lorsque j’estimerai que le moment sera venu pour moi de devoir fermer les portes du temps pour des raisons qui m’appartiendront et que personne n’aura le droit de juger, que mes souffrances soient visibles ou non, soient physiques ou morales…

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