Festival du film d’Histoire 2006, le compte-rendu

La 17ème édition du festival du film d’Histoire de Pessac s’est achevée sur le thème Douce France. Tous les films et documentaires n’étaient pas totalement axés sur le sujet mais bon, ils méritaient le détour. Voilà avec quoi j’ai bien rempli ma semaine :

  1. La face cachée des libérateurs
  2. Cosa Nostra
  3. La bataille de Tchernobyl
  4. Vive la bombe !
  5. La vie rêvée des anges
  6. Mechti, le dernier combat
  7. Le soleil et la mort : Tchernobyl, et après ?
  8. Ridicule

La face cachée des libérateurs

Synopsis : En un an, entre le débarquement allié de Normandie (juin 1944) et juin 1945, près de 4000 viols furent commis en France … par des soldats américains. L’Angleterre ne fut pas non plus épargnée (environ 2000 viols) de même que l’Allemagne (11000 viols). Dans des villages, dans la campagne profonde : si une femme refusait d’être gentille avec les soldats, il y avait de fortes chances qu’elle finissent sur la paille … si elle ne se faisait pas tuer avant.

Mon avis : Le documentaire (déjà diffusé sur France 3 en 2006 visiblement) débute sur un paradoxe. Le débarquement et ses GI’s photographiés et filmés comme des libérateurs. Après tout, ils l’étaient. Mais qu’ont-ils fait après ? C’est là tout le problème car ce n’est pas forcément joli à voir comme en témoignent les chiffres précédents (surement sous-évalués, toutes les agressions n’ayant pas été enregistrées).
Hélas, même si le documentaire part sur de bonnes bases et sur un bon sentiment, il frôle la paraphrase : il s’étend sur 3 cas de viols, explique bien les problèmes soulevés (le détournement de la faute sur les soldats noir-américains) … et puis c’est tout. On apprend quelques chiffres, que l’armée américaine a tenté de tout mettre sur le dos des soldats noirs, que les blancs n’avaient rien à se reprocher. Du coup il traine légèrement en longueur et passé le cap de la surprise, la face cachée des libérateurs se répère jusqu’au générique final.

Il reste à voir pour le principe mais le montage peut gêner à cause de ses longueurs. Dommage.

Cosa Nostra

Synopsis : Le magistrat Giovanni Falcone a été rendu très célèbre par le procès magistral qu’il a intenté à 475 membres de la mafia italienne (majoritairement sicilienne). Un gigantesque combat qui a valu la construction d’un tribunal spécial, ultra-protégé pour résister à des tirs de missiles mais aussi à cet homme de mourir, assassiné de façon toute aussi spectaculaire.

Mon avis : Cosa Nostra (notre chose) est le nom de la mafia sicilienne. C’est également le nom du documentaire qui retrace étonnamment bien le parcours du juge anti-mafia Giovanni Falcone : ses débuts dans la magistrature, l’état de l’Italie ainsi qu’un bref rappel sur la manière dont la mafia s’est aussi bien implantée dans le pays. On notera au passage que les américains ont aidé sa cause en plaçant des mafieux au pouvoir afin de contrer … l’arrive du communisme après la Seconde Guerre Mondiale. Exactement comme en Amérique du Sud (qui a dit le Chili avec Pinochet ?).
Cosa Nostra explique aussi les liens entre la mafia et la politique et que finalement, l’Etat favorise ou défavorise la propagation de la mafia en fonction des armes dont elle se dote : la justice. Falcone a réussi son tour de force en obtenant une loi sur la protection des témoins, facilitant ainsi le passage aux aveux de mafieux de bas étage avec des risques et une peine moindres.

Cependant le documentaire ne termine pas si bien que ça, outre le fait que Falcone, un homme totalement dévolu à son travail, peu recompensé par son employeur (l’Etat italien) a emporté quelques 100 mètres d’autoroute dans l’explosion qui lui aura coûté la vie, la mafia n’aura jamais été aussi prospère que de nos jours : 80% des entreprises siciliennes verseraient un impôt à la mafia et la majorité des contrats publics seraient contrôlés par Cosa Nostra, se taillant ainsi sa part du gâteau.

En clair, c’est un document extrêmement intéressant, sans temps mort, véritablement instructif et bien monté. A voir absolument.

La bataille de Tchernobyl

Synopsis : 26 avril 1986 ; un jour dramatique dans l’histoire de l’humanité. En cause ? L’explosion du 4° réacteur propulse dans l’air un flot discontinu de particules radioactives qui s’accumulèrent alors dans les nuages eux-mêmes transportés par les vents. Pendant ce temps, les pompiers luttent pour éteindre l’incendie sans savoir que quelques heures plus tard, un autre feu consummera leur corps.
Au 1er mai, la fête du travail s’organise sans que la population environnante ne soit au courant de la catastrophe mis à part un simple “incendie”. Le peuple parade dans la rue sans savoir qu’ils s’exposent à la menace de l’atome. Ca ne sera que le 14 mai (soit près de 3 semaines après la catastrophe) que Secrétaire Général du Parti Communiste russe, Mikhaïl Gorbatchev, annoncera au monde entier la nature de l’incident de Tchernobyl.
S’ensuit alors un terrible combat nommé par beaucoup la bataille contre l’atome mettant en scène les fameux liquidateurs, le périmètre de 30 km de rayon autour de la centrale et le fumeux bilan : 33 morts (réévalué à 59 dans les années 2000).

Mon avis : La bataille de Tchernobyl m’a littéralement fasciné. Etant jeune à l’époque de la catastrophe (4 ans), je ne me suis pas trop penché sur le sujet depuis me contentant de l’histoire dégrossie des problèmes et polémiques suscités par cette crise majeure qui a toujours des conséquences à l’heure actuelle.
Sans aucun temps mort, le documentaire retrace chronologiquement la catastrophe, ce qui a été fait, ce qui n’a pas été fait, l’engrenage diplomatique mis à mal par la difficulté de communication, les erreurs commises successivement et ce à quoi on a échappé. Frisson garanti lorsqu’on apprend qu’une seconde explosion (estimée 10 fois plus puissante) du réacteur aurait pu avoir lieu : le magma en fusion commençait à infiltrer la dalle située sous la centrale pour rejoindre une autre cuve … remplie d’eau s’étant infiltrée dans les décombres par les pompiers luttant contre le feu. L’explosion aurait provoqué un souffle jusqu’à 100 km à la ronde, sans parler des retombées sur l’Europe entière. Comme un malheur n’arrive jamais seul, le simple fait de vider l’eau accumulée n’aurait pas suffi : une nappe phréatique se situait juste en dessous ! Si cela n’aurait pas provoqué d’explosion, ça en tous cas contaminé la nappe et tout l’éco-système qui s’ensuit (poissons, plantes, arbres, oiseaux, animaux, océans et êtres humains).

Un documentaire incroyablement riche en informations, très bien réalisé, instructif et effroyable de vérités. Je le recommande chaudement, un de mes coups de coeur du festival !

Vive la bombe !

Synopsis : La France mène des essais sur sa bombe atomique dans le Sahara en 1962.

Mon avis : Le synopsis du film est court, très court mais résume l’intérêt que j’ai porté pour ce film qui est tout simplement une sombre merde (en français dans le texte). Les dialogues sont minables, le jeu d’acteur au moins aussi pourri. Bref, je me suis senti obligé de quitter la salle avant la fin du temps règlementaire. Même pas digne d’un téléfilm M6 diffusé à 5h du matin.

La vie rêvée des anges

Synopsis : Isabelle rencontre Marie lors d’un petit boulot effectué dans une usine de couture près de Lille. Isabelle bourlingue depuis toute jeune et sa vie n’est faite que de petits boulots et de galères. Marie, elle, a toujours vécu dans la même ville mais n’a pas une meilleure vie pour autant. Si leur caractère les oppose, leur vie les unit.

Mon avis : J’ai été agréablement surpris par ce film que j’avais raté à sa sortie en 1998. Même si arrivé aux 3/4 du film une certaine lassitude s’en ressent (la situation tendue entre les 2 femmes stagne), il est difficile d’en décrocher. La fin n’en surprend d’ailleurs que davantage. C’est également à ce moment là, avec le générique de clôture, que l’on réalise qu’il n’y a pas eu la moindre musique pendant 2 heures. Elles ne manquaient pas, le film étant assez poignant pour nous immerger dedans, comme si leur situation pouvait nous arriver à tous un jour.
Petite cerise sur le gâteau, l’actrice Natacha Régnier était présente dans la salle en fin de scéance pour répondre à nos questions. Comme elle le soulignait, c’est effectivement appréciable (pour elle) de voir des gens à une scéance de 10h (du matin) pour un film sorti en cassette vidéo, en DVD, diffusé à la télé alors qu’il a déjà 8 ans. J’aurais eu tort de ne pas me lever.

Mechti, le dernier combat

Synopsis : Mechti est un français marocain de 85 ans, un de ces 40000 soldats de l’armée française d’Afrique ayant servi les couleurs tricolores pendant la Deuxième Guerre Mondiale pour repousser les allemands. Considérés comme des français pendant la guerre, ils ont pourtant vu leur statut changer dès l’armistice : leur pension retraite fut réduite à 10 fois ce que touche un même soldat français.
Obligé de vivre en France pour toucher une retraite plus importante, Mechti s’est exilé de son pays pour subvenir aux besoins de sa patrie et faire en sorte qu’on se rappelle, qu’on se rappelle que la France ne s’arrête pas à de simples frontières géopraphiques.

Mon avis : Un sujet très intéressant mais un documentaire potentiellement ennuyeux, ennui qui reflète cependant (et surement) à la perfection celui doit être ressenti par ces exilés, oubliés et contraints à vivre parqués dans une résidence de Bordeaux pour toucher leurs indemnités. C’est touchant mais ça manquait cruellement de détails et d’informations à mes yeux, autres que suivre la vie de cet ancien soldat pendant quelques jours, pour rendre ce documentaire indispensable.

Le soleil et la mort : Tchernobyl, et après ?

Synopsis : Pour beaucoup, hommes et femmes, citoyens et politiciens, la catastrophe de Tchernobyl s’arrête avec la construction du premier sarcophage. Et pourtant, il semblerait que Tchernobyl ait encore à faire parler d’elle. D’après une étude menée par une université biélorusse (dont je ne me rappelle plus le nom désolé), le phénomène radioactif de Tchernobyl est beaucoup plus dangereux que l’on aurait pu imaginer : l’altération génétique causée par l’irradiation est non seulement transmise de génération en génération mais en plus elle tend à affaiblir chaque nouvelle génération. Un enfant est donc moins immunisé que son parent, est davantage sensible aux maladies et cancers mais le sera moins que son futur enfant. Un cercle vicieux dont il paraît difficile de s’extirper.

Mon avis : Encore un documentaire sur Tchernobyl me direz-vous mais il n’empêche, ce qu’il apporte ne fut que complémentaire à la bataille de Tchernobyl. Il se concentre en effet sur “l’après catastrophe”, montant les conditions de vie des réfugiés de l’atome, souvent rejetés par la population locale ainsi que sur le problème génétique causé par Tchernobyl. Des gens pour qui “un futur radieux” serait à remplacer par “un futur irradié”.
Ou quand le mensonge continue à persister avec les manipulations de l’AIEA et le gouvernement biélorusse … communiste.

Ridicule

Synopsis : Grégoire Ponceludon de Malavoy se rend à Versailles pour tenter d’obtenir des fonds de celui-ci, afin d’assécher les marécages de la Dombes, sources de misère et de maladie parmi les siens. Il se heurte toutefois aux codes de la Cour où le moindre faux pas est synonyme de mise à la porte.

Mon avis : Sorti en 1995 et jamais vu depuis, Ridicule est à l’opposé de son titre : intéressant. Je m’attendais à une comédie à la française, niaise et pas drôle pour un sou et pourtant, malgré son âge, il a plutôt bien vieilli (la copie du film mise à part). Les traits d’esprit de l’époque sont un régal à entendre et même si on les sait scriptés, les joutes de mots sont délicieuses comme tout. Dommage qu’on ne nous enseigne plus ces subtilités du langage.

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Festival du film d’Histoire 2006, le compte-rendu” a été publié le Mardi 28 novembre 2006 à 10:57.
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