
Je pensais ne plus avoir à sombrer dans la minute politique du jour mais un certain évènement m’y oblige quelque peu. J’ai appris totalement par hasard le week-end dernier que François Bayrou était de passage à Bordeaux le mercredi 7 février. Entrée libre. Il n’en fallait pas plus pour titiller ma curiosité. Je me rendis là-bas ce soir là pour entendre ce qu’il avait à dire et si ce troisième homme tant boudé il y a quelques semaines méritait sa médiatisation.
Avant toute chose, je tiens à préciser que je n’ai aucune appartenance politique. En effet, je suis de ceux qui votent pour des idées, pour des idéaux, pour l’avenir … pas pour un parti ou une mouvance. En 2007 plus encore qu’en 2001, j’ai envie de voir la France sortir de son hibernation. Certes les grands groupes semblent rapporter pas mal d’argent (le partagent-elles ?) mais ce qui la tire vers le haut est à mes yeux en train de se consumer : l’innovation et le dynamisme. Plus le temps passe et plus j’ai cette sensation de voir les choses s’encroûter, suivre leur cours sans prendre de risques. En 2007 je n’ai pas envie d’entendre quelqu’un me dire “votez pour moi, la Gauche a un mauvais programme” ou “votez pour moi, la Droite a un mauvais programme”. Je veux qu’on me dise “voici comment je souhaite redonner un nouvel élan à notre pays“. Aurait-on déjà oublié qu’on se “bat” tous pour la même cause ?

La France de toutes nos forces
Bref, j’arrive vers 20h00 au Palais des Congrès dont le parking est évidemment bondé. Ceux environnants également d’ailleurs. Plus tard, j’appris qu’on était environ 4000 sur place à assister au discours. M’en fiche, j’en fais 2 fois plus par jour sur Emu Nova
Sur place, tout est bondé : impossible de rentrer dans la salle principale. Il faudra se contenter des rediffusions en direct sur les écrans de télévision. Ca aurait été effectivement été le cas si on n’avait pas pris la direction opposée à la foule : au fond et à l’étage. Il restait encore un peu d’espace pour voir quelque chose à ce qu’il se passait. Sinon vous pouviez oublier les quelques photos ci-contre.
Bienvenue au Macumba
Quelques minutes d’attente sous une chaleur déjà étouffante je reprends mes esprits avec l’arrivée non pas de Bayrou mais d’une musique tonitruante aux airs latins, pour ne pas dire mexicains. J’avoue que pour le coup, j’étais presque prêt à partir. Courage, il n’y a qu’à espérer que la suite soit intéressante.
Un bain de foule plus tard, François Bayrou arrive à atteindre l’estrade. Là encore, je ne saurai comparer avec ses “concurrents”, j’imagine que cela a sa propre symbolique. J’espère qu’il n’avait rien dans les poches :p
Je passe sur les interventions d’une dame dont le nom m’a échappé et de Jean-Marie Cavada. LE Cavada qui présentait la marche du siècle. Grand étonnement lorsque j’apprends qu’il est euro-député.

Résistance
J’ai eu un peu de mal à comprendre l’intérêt du début de son discours si ce n’est à bien placer le décors : il n’y a de place que pour Royal et Sarkozy, des “promesses” intenables et une situation intenable depuis 25 ans. Situation simplement expliquée, chaque mandat consiste à démolir une partie du travail de son précédesseur et à travailler en inadéquation avec le peuple français.
Il propose ensuite un plan Marschall pour l’Afrique. J’avoue avoir tiqué : sympa d’aider mais lui qui parlait de ne pas gréver le budget national, j’ai du mal à imaginer d’où il sortira l’argent qui ne rentrera pas de sitôt (l’Afrique n’est pas l’Europe sans vous être blessant ; je ne demande qu’à être surpris).
C’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à pister tout les rapports évoqués avec avant : notre passé de Résistant, le Président De Gaulle, la Révolution française. Il y en a sûrement d’autres mais je ne les ai pas retenu. Bayrou veut aller de l’avant en puisant dans le “meilleur” du passé. Ca pourrait être le message.
Il continue ensuite sur une petite anecdote montrant quelques aberrations de dépenses publiques (du genre agrandissement de la préfecture pour “copier” 2 bâtiments régionaux, décentralisation obligeant à occuper davantage de place). Pour lui, son mandat sera également placé sous le signe de l’optimisation des dépenses, d’économies intelligentes. Il est clair qu’avec 40 milliards de dettes annuelles supplémentaires (36 cette année et on s’en félicite …) on a plutôt intérêt si on veut faire autre chose que brûler nos impôts dans ce trou noir.

Mais avant de commencer (enfin) sur son programme, il entame une petite réflexion sur notre devise nationale Liberté, Egalité, Fraternité. Pour lui, aucune de ces vertus ne le sont à l’état naturel. En clair, nous ne sommes pas libres, nous ne sommes pas égaux (enfin quelqu’un qui le reconnaît), nous ne sommes pas amicaux. Il indique ne pas chercher à appliquer également des règles à tout le monde mais les appliquer au plus juste : un système adaptatif en somme.
Le programme
Puis commence alors réellement ce que j’attendais : le programme. Il est présenté en 5 chapitres et rassemblé sous ce qu’il appelle le nouveau contrat social et républicain. On verra que c’est effectivement très social. Peut-être même presque trop car trop de choses restent absentes.
L’éducation
Ca ne surprend pas lorsqu’il soutient que l’éducation est à la base de tout. Il a un certain passif après avoir été Ministre de l’Education Nationale et ça ne sera pas un mal. Si l’obligation de savoir lire et écrire pour passer en classe de sixième est intéressante, je demande à voir comment ça sera appliqué et surtout, comment l’éducation sera adaptée pour parvenir à un tel objectif. Mais surtout, que faire d’un élève arrivant en sixième sans savoir lire ni écrire ? Après 4 ans d’école primaire, quelles options lui restent-il pour poursuivre ses études ?
J’attends encore de connaître les moyens qui seront mis en oeuvre car en ce moment, la tendance est à la suppression de postes. Les profs seront-ils formés pour former et pas simplement formés pour savoir ?
Le logement et la mixité sociale
J’ai bien aimé son anecdote sur l’ascenseur. En effet, avant que les ascenseurs n’existent, les maisons et immeubles étaient partagées en fonction des classes sociales : plus élevé était l’étage et plus basse était la classe sociale. Avec l’ascenseur, la mixité a été réduite à néant permettant ainsi aux mêmes classes de se “réunir” au sein des mêmes immeubles.
Favoriser la mixité sociale serait, je pense, une bonne chose. Il n’y a pas de raisons que seuls les racailles sachent crocheter des serrures
L’obligation de logement social dans toutes les constructions d’immeubles est en tous cas une solution parmi d’autres. Cette mesure est déjà appliquée mais à des taux assez faibles et surtout, les logements sociaux sont construits de manière réunie : il n’y a donc pas de mixité mais une ghettoisation. Reste à voir comment ça sera vécu au quotidien.
Je ne sais plus si c’était dans ce chapitre ou un autre mais il avait également parlé du retour des corporations afin qu’entre le citoyen et l’Etat, il existe autre chose que le vide. Pas d’avis sur le sujet n’ayant pas de connaissances spécifiques sur le fonctionnement des corporation avant leur interdiction (à la fin de la Seconde Guerre Mondiale si je ne m’abuse).
Le service public
Comme l’explique très justement le blog Technologies du Langage dans son billet intitulé Les banlieues, c’est la zone !, on ne sait pas comment appeler les banlieues : zones, quartiers, territoire … au final, tous ces espaces plus ou moins défavorisés sont des ZEP, ZES … des “Z quelque chose”.
Pour Bayrou, rapprocher l’Etat des quartiers en difficulté serait un début pour limiter les dégâts et éviter à ces quartiers de se sentir abandonnés, hors de France. De mon avis, il faut également une sacrée dose de bonne volonté sous peine de voir encore des voiture brûler en représailles … la cause est juste, une fois de plus. La question des moyens mis en oeuvre se repose là également.
L’emploi universel
Autre leçon de vérité que j’avais eu l’occasion d’aborder avec plusieurs personnes de mon entourage il y a bien longtemps : pourquoi dans certains cas travailler alors qu’on a plus d’avantages à rester chez soi à toucher le RMI et autres allocations ? Si on ne prend en compte que la côté pécunier (et Dieu sait s’il peut compter), travailler n’est pas beaucoup plus avantageux (je parle d’un job payé au SMIC) : impôts (sur revenu, redevance télé etc.), avantages tarifaires perdus (transport, cinéma etc.). D’après Bayrou, il faut effectivement aider les personnes en difficulté mais pas au point de les décourager d’avoir à travailler. Difficile de le contredire sur ce point tant il paraît important de continuer à aider le temps de la stabilisation de l’emploi.
Il a ensuite parlé de l’emploi universel : toute personne devrait pouvoir travailler si elle le souhaite. Mes souvenirs sont flous sur ce sujet car il l’a traité rapidement mais en gros, j’ai cru comprendre que les personnes en difficulté pourraient travailler dans des associations ou des organismes locaux (sans forcément être payé) pour leur éviter de rester chez eux à attendre leur RMI.
L’idée est bonne mais là encore j’ai du mal à voir comment ça sera mis en place : s’il y avait autant de boulot de disponible, qu’attendent les gens pour les occuper ?
Légitimité des lois
Vraiment traité en coup de vent, toutes les lois “sociales” ou concernant les citoyens de manière indiscutable (le CPE par exemple) devraient être soumises 3 mois à l’avance à l’Assemblée Nationale et seront obligatoirement discutées avec des personnes compétentes et adaptées.

Mon ressenti
Personnellement, le discours de François Bayrou m’a paru sincère et crédible. S’il est élu, j’ai du mal à me dire que ça cela serait une mauvaise chose.
Cependant, peut-être est-ce normal, je trouve qu’il y au eu pas mal de zones d’ombre sur les mises en application de ses “chapitres”. Entre le papier et la réalité, il y a de grosses différences et je serais curieux de savoir comment il compte s’y prendre pour mettre en oeuvre ces différents chantiers. Mais s’ils réussissent, il aura de quoi en être fier car ça ne peut qu’être positif.
Toutefois, le côté “entreprise”, justice, travail (pour ceux qui travaillent déjà) et recherche & innovation a été complètement absent de son discours. Ca m’a surpris notamment pour son histoire d’emploi universel : les entreprises sont quand même le moteur de la croissance (faut-il rappeler qu’on est régulièrement déficitaire au niveau de l’export de biens et marchandises ?). Je m’interroge sur les mesures qui seront prises au niveau des charges appliquées aux entreprises (un coup d’oeil sur le nombre d’entreprises mettant la clé sous la porte en moins de 3 ans histoire de se faire peur).
Bref, un essai à transformer. Mais comme il a conclu, il y a de l’espoir.
Pour les curieux, une retranscription du discours de François Bayrou à Bordeaux est disponible en ligne. Pour les autres, il faudra quand même songer à réfléchir à l’avenir de notre pays.











popo a dit le Lundi 12 février 2007 :
Les corporations on été interdites des 1791 avec la loi le Chapelier, loi qui a été abrogée en 1864 (me semblait bien qu’il y avait une date au 19ème) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_Le_Chapelier