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Festival du film d’Histoire de Pessac 2007

Affiche d’It’s a Free World

Le Festival international du film d’Histoire se déroule annuellement au cinéma Jean-Eustache de Pessac. Souvenez-vous, j’y étais en 2006. Cette année je récidive même si à première vue j’ai eu plus de mal à me faire plaisir dans la sélection. Celle-ci était articulée autour du thème Liberté, liberté chérie. Un titre court qui en dit long.

J’ai pu assister à ces scéances dont je vous parle plus en détail sans interlude publicitaire ;-) :

  1. Opération Turquoise
  2. KES
  3. Battle for Haditha
  4. It’s a Free World
  5. Désengagement
  6. Land and Freedom

Liberté, liberté chérie

3 films de ma sélection sur 6 ont été réalisés par Ken Loach. Je suis plutôt du genre agnostique d’un point de vue réalisation, c’est à dire que je me fie peu au réalisateur et/ou aux acteurs. Il faut croire que celui-ci a quelque chose de plus, quelque chose qui me fait vibrer. Le vent se lève m’avait littéralement scotché à mon siège. Je souhaitais en voir plus de la part d’un réalisateur attaché à cette liberté. La liberté, celle qui s’arrête là où commence celle des autres.

La liberté est essentielle, partout.

Opération Turquoise

Opération Turquoise

Opération Turquoise est une fiction récente puisque datant de 2007. J’ai d’ailleurs appris le jour ou la veille de la projection que le film était passé peu de temps auparavant sur Canal+. Peu importe, le rendu sur grand-écran est irremplaçable.
D’ailleurs malgré ce statut de fiction, Opération Turquoise base son histoire sur des faits réels graves, très graves : le génocide rwandais. Celui-ci a déchiré le pays pendant trois ans, entre 1992 et 1994 causant plus de 800 000 morts, dont la majorité s’étalent sur 3 mois, d’avril à juillet 1994 si l’on se fie à Wikipédia.

Le plus terrible dans tout ça c’est que la France a participé à ces exactions, s’est retirée du pays puis est revenue en 1994 dans un « but humanitaire ». C’est sur ce retour au pays que la fiction démarre. Elle suivra ainsi pendant ces fameux trois mois un groupe de militaires français dont certains ne comprennent pas les ordres, d’autres les appliquent en fermant les yeux.

Opération Turquoise est une réalisation correcte mais sans plus. Son statut de fiction se sent au travers du jeu d’acteurs. Ils ne sont malheureusement pas suffisamment à la hauteur pour m’immerger plus que ça dans cette horreur entourée de négationnisme profond.

KES

KES symbolise le malaise de l’éducation en Angleterre pendant les années 1960. Frapper les doigts à la baguette ou déscolariser un élève pour l’envoyer travailler à la mine étaient monnaie courante. Quand un enseignant levait la main sur un enfant, c’était normal, ça faisait partie de la pédagogie.
KES c’est aussi le nom du faucon élevé par Casper tout au long du film. Casper l’enfant solitaire. Casper l’enfant mélancolique du départ de son père, déçu de l’agressivité de son grand frère tant à son égard que celui de sa mère.

KES est proche des 40 ans d’âge et m’a rudement surpris. Déjà à l’époque Loach dépeignait avec habileté les relations entre individus. Il arrivait déjà à lier le spectateur avec son sujet sans pour autant ennuyer. Il arrive à nous intégrer dans cette famille désintégrée, dans cette époque révolue où aller à la mine était une réussite sociale.
Ce qui me sidère d’autant plus c’est que tout le film repose sur les épaules d’un petit d’homme de 11 ou 12 ans. Casper s’intéresse davantage à son oiseau et à profiter de sa liberté que d’être camarade avec les élèves de sa classe, à faire du sport ou étudier.

Quand l’éducation impose ses valeurs sans comprendre à qui elle les impose. Au lieu d’accompagner ou d’aider elle écarte de sa vue ce qui la gêne.

Battle for Haditha

Battle for Haditha

Battle for Haditha est une belle surprise d’autant plus que je n’avais pas prévu de le voir. Je remercie donc le changement de programme impromptu car je serais passé à côté d’une « belle » fiction.

Pour faire bref, Battle for Haditha raconte l’histoire d’un bataillon de marines américains en Irak. Le quotidien est montré de trois côtés : soldats, civils irakiens, dissidents irakiens. Jusqu’au moment où ce qui devait arriver arriva, à savoir l’attaque à la bombe télécommandée d’un véhicule de ces marines. Excédés et à bout de nerfs, ces derniers mènent alors une expédition punitive où tout irakien devient ennemi. Bien évidemment tous les morts étaient innocents.

J’ai distingué un peu plus haut trois camps. C’est une très bonne chose de la part de la réalisation car ça humanise d’autant plus le conflit en le sortant du manichéisme habituel. Ici les civils souffrent de cette lutte permanente, de ces morts incessantes et des ces attentats aléatoires. Ils sont d’ailleurs pris en tenaille : se joindre aux américains les exposent à des représailles de la part des dissidents et ces derniers sont systématiquement éliminés ou capturés par les soldats.
Ces soldats souffrent du malaise ambiant dû à leur présence : eux-mêmes ne savent plus pourquoi ils sont là, ils n’attendent qu’une chose, leur retour au pays. Pays qu’ils avaient fui pour certains.

En sortant de la salle j’ai regretté que les fictions françaises n’arrivent pas au même niveau que Battle for Haditha : on a l’impression d’y être, on en oublie que ce sont des acteurs. Autant dire que l’immersion est belle et bien présente, qu’on ne peut apprécier ni les soldats ni les dissidents. Dans le film, le spectateur c’est le civil irakien : observateur et impuissant.

It’s a Free World

It’s a Free World

It’s a Free World est le dernier film en date de Ken Loach ou devrais-je dire le prochain film. J’ai en effet eu la chance de pouvoir assister à sa diffusion en avant-première. Toujours est-il que son sujet est on ne peut plus actuel puisqu’il touche à l’immigration légale ou illégale, à l’exploitation des travailleurs et aux répercutions de l’égoïsme.

Angie décide de montrer sa propre société de ressources humaines après avoir été licenciée de la précédente. Elle s’associe avec sa colocataire dans le but de monter l’agence parfaite : celle où elles n’auront pas d’ordre à recevoir, celle où elles les donneront et recevront les fruits de leur travail. Pour commencer, Angie décide de tout faire au noir, d’utiliser des travailleurs sans papier et de vendre du vent aux employeurs.
Cependant les plans foireux s’escaladent au fur et à mesure que l’argent coule à flot dans les caisses de l’entreprise.

Difficile de rester indifférent tout au long du film : Angie est prête à tout pour parvenir à ses fins. Et « tout » inclut aussi bien l’arnaque que l’expulsion de sans-papiers. Plus le temps passe, plus elle devient égoïste pour sa réussite et l’argent, plus son éthique et sa morale s’amenuisent. Elle est littéralement prête à exploiter des personnes pour sa propre réussite, élément qu’elle ne supportait pas … mais chez ses anciens employeurs.

Un excellent film qui réserve une fin on ne peut plus marquante.

Désengagement

Désengagement est de ce genre de films qui plaisent en lisant le synopsis en se disant qu’ils ont un potentiel formidable à développer. C’est pourtant un des plus mauvais films que j’ai pu voir.

Si j’ai apprécié les plans longs sans changement d’angle de vue, en revanche je ne comprends pas comment le film a pu passer à côté de la réunion entre mère et fille, entre décolonisation de la bande de Gaza aussi facilement. Ces deux points forts sont littéralement relégués au second plan derrière des enchevêtrements de scènes sans intérêt et une fin sans queue ni tête.

Toutefois le point positif dans tout ça, la morale de l’histoire : jeunes, ne vous droguez pas où vous ferez des films aussi mauvais que désengagement. C’est dit.

Land and Freedom

Revivre une partie de la guerre d’Espagne au travers d’un journal de bord, de lettres et des coupures de journaux, voilà ce que propose Land and Freedom. Un anglais au chômage d’appartenance communiste décide de quitter le pays pour soutenir un idéal qu’il affectionne. Il mène ce combat auprès de partisans issus de nombreux horizons, d’Europe entière tout en se rendant compte que ce n’est pas évident : conflits internes, directives staliniennes etc.
Il reviendra finalement au pays, grandi et partageant un moment avec l’Histoire.

Cette fresque historique mais réalisée avec des personnages fictifs impressionne par l’implication des acteurs. C’est amusant de les voir concilier anglais et espagnol, de les voir évoluer dans un combat qu’ils idéalisent, loin des mouvements politiques. Le final reflète d’ailleurs bien cette manipulation omniprésente puisqu’ils sont trahis par leur propre idéologie.
Le débat sur la collectivisation d’un village après sa libération est cocasse : personne n’arrive à se mettre d’accord, pas même les socialistes d’un même bord. Comme le fait très justement remarquer l’un d’entre eux, la collectivisation en théorie c’est très bien mais en pratique c’est irréalisable.

Ce visionnage, le dernier du festival, m’a énormément fait penser au vent se lève pour le côté historique et sa justesse de propos. Encore une fois aucune morale n’est suggérée, c’est au spectateur de se forger son propre avis avec les éléments mis à disposition. Rien que pour ça je bénis Loach et ses 45 années de cinéma.

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